Histoire de la création d’une photographie d’art

histoire de la création d'une photographie d'art
photographie art. Le poids de la vie

« Le poids de la vie » : histoire de la création d’une photographie d’art

Pour capturer lumières, ambiances, atmosphères des villes ; le photographe de rues, inlassablement, arpente avenues, ponts, tunnels, ruelles ; quadrille coins et recoins d’un quartier…
Patience, discrétion, observation, pugnacité contribueront à la réussite de sa quête, indispensables qualités combinées avec d’autres facteurs dont la participation demeure mystérieuse…
Un matin d’hiver sous un pont à Nice : lumière, forts contrastes, découpes franches des ombres ont immédiatement séduit mon regard. Presque toutes les pièces maîtresses sont réunies pour créer une photographie de premier choix !
Afin d’intégrer un maximum d’informations sur l’image, je me poste sur le trottoir d’en face. Cependant, le flux continu des voitures circulant à double sens, qu’un feu tricolore stoppe alternativement, présente inconvénient et difficulté majeurs à la réalisation de mon projet.
Réglages manuels préalablement vérifiés, œil rivé sur le viseur de l’appareil photo, je me tiens malgré tout prêt à appuyer sur le déclencheur au passage d’un sujet que contraste entre ombre profonde et forte lumière projetée sur le mur transformera fatalement en silhouette.
Assis et caché derrière le poteau métallique du pont ferroviaire, un mendiant fait la manche dans la semi obscurité. Certains passants s’arrêtent à sa hauteur, d’autres poursuivent leur chemin entre fumée d’échappements, bruit et odeurs suspectes, pressés de sortir au plus vite pour respirer à l’air libre.
Interloqué, un homme m’interroge sur ma présence prolongée en ces lieux que flânerie et contemplation rendent étrange celui ou celle qui s’y adonne.
Concentré sur ma scène, je lui explique ma démarche, laquelle ne reflète sur son visage que circonspection et perplexité…
Quelques personnages, dont l’intérêt visuel reste limité, passent devant l’écran de lumière : je ne déclenche pas. Mon imaginaire s’attache plutôt à saisir un sujet solitaire : cycliste, enfant, skatter à la rigueur…Pas plus d’une personne au risque de surcharger, de rendre brouillonne et illisible la faible percée de lumière qui s’amenuise peu à peu : le soleil tourne…
Le vrombissement des véhicules au départ du feu jusqu’à leur arrivée dans mon cadre photographique est un indicateur temporel précieux avant le passage éventuel d’un « acteur » sur la scène éclairée. Entre deux voitures qui se suivent, je parviens à saisir la silhouette d’une femme, le résultat est correct mais pas satisfaisant pour autant.
J’attends encore. L’ombre de l’arbre dénudé projetée sur le mur fait progressivement alliance avec celle qui prédomine, elle l’absorbe telle une marée noire. Peu à peu, les hautes lumières disparaîtront au profit du noir intégral. Dans dix minutes, plus rien n’aura alors le même aspect et l’ensemble sera dépourvu d’intérêts.
Soudain, à trente mètres à droite sur le trottoir d’en face, un jeune homme pénètre sous le pont. Grand, svelte, morphologie longiligne, démarche nonchalante, style urbain, voilà un personnage dont attitude et progression éveillent toute mon attention.
Un oeil dans le viseur, l’autre sur mon personnage, j’attends fébrilement son passage à la lumière. Sans discontinuer, les voitures défilent dans mon champ, je crains qu’elles ne passent devant l’objectif au moment de la prise et ne réduisent à néant la photographie déjà construite dans mon imagination…
Tout à coup, il s’arrête à hauteur du mendiant, échange quelques mots, lui propose une cigarette ou son briquet. Bloqués au feu, seule une file clairsemée de véhicules circule en sens inverse. Totalement absorbé par mon homme, j’oublie bruits et odeurs. Brusquement, il pivote sur sa gauche, reprend sa route et, machinalement, baisse la tête en amorçant son premier pas à l’instant décisif où, d’instinct, mon index écrase le bouton de l’obturateur et fige la scène en une fraction de seconde.
Données techniques : Canon 5DIII – Objectif 28-70mm 2.8 –
M : 1/125ème 5.6 – 200iso – 70mm

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